Clotilde ChevalierNos interviews d’indépendants ayant sauté le pas reprennent ! Après Martine Paulais, nous vous présentons ce mois-ci Clotilde Chevalier : comédienne, chanteuse et danseuse, elle vous inspirera sans doute pour créer votre activité à votre tour !
Une interview, initialement réalisée en vidéo mais que, malheureusement, problème de son et d’image oblige, nous avons été obligés de vous retranscrire. La voici :

Marie Guyot : Bienvenue Clotilde ! Je suis ravie de t’avoir aujourd’hui pour cette première interview vidéo (haha !) pour notre rubrique Ils ont sauté le pas ! Pour commencer, pourrais-tu raconter à nos internautes quel est ton parcours ?
Clotilde Chevalier : Très bien ! Professionnellement je suis comédienne, chanteuse, danseuse et effectivement, j’ai décidé de sauter le pas il y a quelques années, pour prendre vraiment « mon envol ». J’ai fait des études de comédie musicale, je viens de la danse, j’ai fait pas mal de cours différents, et je travaillais en parallèle dans un boulot alimentaire qui était assez prenant quand même, puisque c’était plus qu’un mi-temps. J’avais quand même du mal à combiner tout cela, j’avais un peu peur de me lancer, parce que voilà, ça fait toujours un peu peur l’inconnu…
Et puis finalement, voilà y a quatre ans, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis devenue, comme on dit, professionnelle de la profession 🙂

Marie : est-ce que c’est quelque chose que tu as toujours voulu faire ?
Clotilde : non en fait, quand j’était ado, je voulais être danseuse… ou magistrate !
Mais j’ai eu un déclic quand j’étais ado, jeune ado à 11-12 ans. Je prenais des cours de danse et il y avait toujours des spectacles de fin d’année : un jour, j’ai vraiment senti quelque chose d’hyper fort. Pour l’anecdote, c’était sur une chanson d’Andrea Bocelli. J’étais hyper concentrée, toujours, voire limite même un peu poker face quand je dansais, et puis tout à coup, le public s’est mis à chanter et là, j’ai ressenti un truc énorme. Je me suis dit que je voulais vivre ça plusieurs fois dans ma vie, que c’était ce que j’avais envie de faire… Parallèlement à cela, je voulais être juge des enfants, pour pouvoir défendre les enfants !
Voilà, c’était jusqu’en Terminale. J’ai fait un Bac S, donc rien à voir mais, jusqu’en Terminale, j’étais vraiment prise entre les deux. Puis quand j’ai eu mon bac, je me suis dit : « bon, aller, dix-huit ans, si je commence des études de droit, je suis sûre que je vais aimer, je vais aller jusqu’au bout et peut-être que je vais me réveiller à quarante ans en me disant qu’en fait, j’ai peut-être raté quelque chose ». Donc je me suis dit que j’étais encore jeune, que je pouvais tenter une année ou deux dans les arts vivants, dans la danse particulièrement, et voir un petit peu ce que ça donnait.
J’ai passé pas mal d’auditions, dans plusieurs écoles. Il y en avait une, Choreia, qui proposait un cursus chant/danse/théâtre et je me suis dit : « quand même, j’aime bien chanter, j’aime bien faire le clown… Et si j’essayais ? » De là sont nées deux nouvelles passions : le chant et le théâtre.

Marie : est-ce que tu t’es dit, quand tu t’es lancée là-dedans, quand tu t’es dit je vais faire cette école-là plutôt que de faire des études de droit, est-ce que tu t’es donné un temps prédéfini, par exemple « je vois deux ans si ça marche » ou est-ce que tu as embrassé pleinement…
Clotilde : en fait, le cursus était en trois ans déjà, donc je me suis dit que j’allais aller au bout de ces trois ans déjà, pour apprendre vraiment les bases du métier. Du coup je me suis lancée à fond et j’ai eu beaucoup de chance, parce que ce sont des écoles qui sont pas forcément données, les écoles privées artistiques. J’ai eu la chance d’être en contrat de qualification à cette époque, de travailler dans l’école et d’avoir ma formation qui était prise en charge en même temps. C’est beaucoup, beaucoup de chance j’avoue.
Suite à cela, je me suis dit que j’allais voir un peu comment ça marchait et j’ai arrêté le boulot alimentaire. Je me suis dit « aller, je me lance direct ! » Sauf que… je n’étais pas préparée. Du coup, au bout de trois-quatre mois, financièrement je n’avais pas trop de revenus, je n’avais pas encore assez de contacts…
Marie : après les trois ans d’école tu veux dire ?
Clotilde : oui, après les trois ans d’école. J’avais eu la chance juste en sortant de faire un festival de théâtre, qui a été une super expérience pour apprendre sur le terrain, mais je n’étais quand même pas assez préparée au monde professionnel. Donc du coup, quand ils m’ont rappelée à l’école pour me proposer de revenir juste pour un boulot alimentaire, j’ai accepté.
C’est quand même une école de danse, de théâtre et de chant, donc il y a plein de professeurs, il y a plein de gens qui passent, donc c’est vrai que c’était quand même assez intéressant pour un boulot alimentaire.
Parallèlement à cela, j’ai eu d’autres projets, mais des petits projets. Et c’est vrai qu’une fois qu’on est dans un petit cocon quand même, c’est pas forcément facile d’en sortir.
Marie : tu veux dire que c’est ce boulot alimentaire en lui-même qui a fait que tu es restée, à cet endroit ?
Clotilde : oui, il y a quand même un petit côté sécurisant : j’ai une paye à la fin du mois, je peux continuer à prendre des cours, à me former, je vois des gens sympathiques et intéressants… C’est vrai qu’on est bien ! J’étais en temps partiel, donc je ne pouvais pas non plus me dire que j’allais super bien en vivre, mais c’est vrai que c’était une bonne période. J’ai bien aimé cette période-là, mais j’étais un peu limitée quand même. Parce que quand tu es sur un spectacle par exemple et qu’il y a quelques semaines de répétition, il faut quand même arriver à jongler avec un double emploi du temps. S’il y a une tournée, ou des dates à l’extérieur, c’est pareil : pour se faire remplacer ce n’était pas toujours évident. Donc au bout d’un moment, je me suis dit qu’il me fallait faire un choix, que je ne pouvais pas tout faire en même temps.

Flyer école ChoreiaMarie : qu’est-ce qui a fait justement que tu as sauté le pas, que tu as quitté ce boulot-là pour embrasser pleinement ta carrière ?
Clotilde : c’est le temps. C’était il y a à peu près quatre ans, donc en arrivant vers vingt-cinq ans. Je me suis dit : « bon, c’est bien, mais qu’est-ce que tu as vraiment envie de faire ? ». Vingt-cinq ans, c’est jeune et pas jeune à la fois. C’est-à-dire qu’il y en a qui commencent vraiment beaucoup plus tôt, mais vingt-cinq ans c’est un âge entre les deux : on n’est pas encore tout à fait mûre pour faire la maman et on est en fait trop mûre pour faire la jeune ! Donc cela n’était pas forcément évident, mais il fallait que je vois à ce moment-là ce que ça donne.
Alors je me suis donné un an pour obtenir mon statut, pouvoir du coup être un petit peu plus autonome financièrement, et surtout faire un maximum de rencontres et essayer vraiment de me développer et… ça a marché !

Marie : du coup aujourd’hui, à quoi est-ce qu’il ressemble ton quotidien, quatre ans plus tard ?
Clotilde : c’est difficile à dire parce qu’il n’y a jamais deux semaines qui se ressemblent. Il n’y a souvent pas deux jours qui se ressemblent non plus !
C’est un métier où tu es obligé de chercher du travail tout le temps. Donc il y a toujours une base tous les jours, pour voir un peu ce qui se fait, quelles sont les annonces de casting, etc. Ça, c’est vraiment une base, c’est tous les jours et impossible d’y couper, c’est comme ça. Même en période où on bosse. C’est vrai que du coup on se relâche un petit peu en se disant : « c’est bon, je bosse pour les cinq prochains mois… » Mais il ne faut pas se relâcher très longtemps, parce qu’on vous oublie vite !
Marie : c’est hyper important ce que tu dis. Ce n’est pas parce que tu es en train de travailler qu’il faut oublier de chercher des clients : sinon quand ton contrat s’arrête, il n’y a plus rien !
Clotilde : oui, c’est important d’être toujours sur le qui-vive, parce qu’il y a toujours de nouvelles personnes, il y a toujours de nouveaux projets… Juste pour l’anecdote, à Paris, il y a tous les jours xxx-cent cinquante spectacles
Marie : tous les jours il y a cent cinquante spectacles à Paris ?!
Clotilde : huit cent cinquante, spectacles, par jour, à Paris
Marie : ah…
Clotilde : tu as tous les types de spectacles. Cela va du show au Théâtre de la Ville au petit one dans un petit café théâtre, mais c’est énorme, il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses, et c’est un réseau qui est à la fois fermé et très ouvert. Il y a tout le temps de nouvelles personnes, donc il faut être sur le coup tout le temps.
Ensuite, cette année, j’ai donné des cours de comédie musicale à des élèves en formation. C’était une fois par semaine en atelier, donc il faut quand même préparer un petit peu : voir ce qu’ils ont déjà travaillé, ce qu’ils ont envie de travailler… Se tenir au courant et préparer, parce que quand on donne des cours, il faut bien connaître soi-même sa partition ! Réfléchir à sa mise en scène, etc. Je donne aussi souvent des stages pour des enfants, pendant les vacances scolaires. Ça aussi, ça se prépare un peu en amont, parce que si on le fait au dernier moment… c’est pas possible !
Voilà la base, plus quelques cours pour s’entraîner.
Marie : oui, pour que toi-même tu restes au niveau…
Clotilde : oui et voilà, la salle de sport pour être en forme ! Donc j’ai une base où je me dis « ok, le lundi ça se passe comme ça, et le mardi… » Sauf qu’après se rajoutent tous les contrats, donc tu as une date mardi, tu as une répétition jeudi après-midi… Après tu recales un petit peu.
Marie : d’accord, mais tu as une base sur ton agenda.
Clotilde : oui, j’ai une base, cela m’aide à me lever tous les matins. Parce que quand on est autonome, c’est tellement facile de ne rien faire ! J’ai besoin d’être structurée en tout cas, de me dire que même si je n’ai pas de travail aujourd’hui, je sais quand même ce que j’ai à faire.
Clotilde Chevalier dans Cabaret Jaune CitronMarie : donc, concrètement, tes horaires de travail, ça donne quoi ?
Clotilde : grosso modo, j’aime bien être sur le qui-vive de 10h à 19h-20h
Marie : ah quand même !
Clotilde : oui, mais après ce n’est pas non-stop. C’est-à-dire que je vais par exemple faire une recherche sur du boulot pendant deux heures, puis pause déjeuner. Après je vais aller m’entraîner pendant une heure, etc. Ensuite, quand je ne travaille pas à l’extérieur, souvent c’est chez moi, donc je vais retoucher mon CV, cela va me prendre une demie-heure, après je vais regarder le blog cela va me prendre… C’est plein de petits blocs que j’essaie d’assembler.
Si je fais un montage vidéo parce que j’ai fait un spectacle, oui, je vais essayer de me focaliser, donc je vais être dessus pendant six heures non-stop mais, en général ce sont plus des petites briques d’une heure ou deux, ce n’est pas non-stop dix heures comme ça.
Marie : tu ne serais pas un être humain normal sinon !
Clotilde : voilà, exactement !
Marie : donc, tu as une base qui est fixe, même si elle bouge au quotidien, mais tes spectacles en revanche peuvent être aussi le week-end : est-ce que ta base c’est lundi-vendredi, ou est-ce que tes week-ends tu les mets au milieu de la semaine naturellement ?
Clotilde : alors comme je suis avec quelqu’un, que nous sommes mariés, j’essaie vraiment de me dire au maximum que je travaille du lundi au vendredi, et un petit peu le samedi, mais alors vraiment deux heures pour le coup, parce que ça tourne un peu le samedi, mais pas le dimanche. Donc j’essaie de faire comme cela. Quand ça m’arrive de tourner le samedi ou le dimanche, j’e n’ai pas de week-end en fait.
Marie : tu ne rattrapes pas après ?
Clotilde : non. Si vraiment je suis crevée oui, je vais dormir un peu plus le lundi. C’est important les temps de repos, mais cela s’enchaîne. Pareil pour les jours fériés, je ne les fais pas trop…
Marie : c’est la difficulté des indépendants… Les jours fériés sont les mêmes jours que les autres jours !
Clotilde : c’est ça !

Marie : est-ce que tu arrives facilement à prendre des vacances ?
Clotilde : non, j’ai un peu de mal. J’ai du mal à prendre des vacances. J’aime prendre des vacances, j’aime voyager. Quand on a la chance de faire un vrai voyage programmé à l’avance, là on part et c’est vraiment agréable. Mais je n’arrive pas à partir en vacances si je ne sais pas si je travaille à la rentrée. C’est souvent c’est un peu plus léger l’été, mais j’ai vraiment du mal à partir en vacances si je n’ai pas quelque chose derrière de prévu. Il y a cette petite loi de l’Univers qui fait que si tu pars une journée, c’est là qu’on t’appelle ! Bien sûr, comme tout le monde, j’aime bien avoir des temps de repos, mais j’avoue que j’ai un peu de mal.
Marie : est-ce que tu penses que c’est lié à ta personnalité et à ta façon de voir les choses, ou est-ce que c’est ton métier qui est comme ça ?
Clotilde : je pense que c’est à la fois ma personnalité et à la fois le métier. Dans ce métier, quand on a vraiment plein de petits contrats qui s’enchaînent, c’est assez difficile de gérer si on n’est pas sûr d’en avoir après. Par exemple, si je suis prise sur un spectacle toute une saison, toute une année, c’est beaucoup plus simple, parce que j’ai très bien gagné ma vie pendant un an, de me permettre d’avoir un mois off. Il peut y avoir quelques dates à côté. Cela m’est arrivé sur une tournée où j’avais quatre-vingt-dix dates : sur trois mois d’été on n’avait que trois dates, donc il y a un mois où j’ai un peu bossé à côté, mais il y a un mois et demi où j’étais beaucoup plus tranquille. Mais c’est quand même assez rare. J’ai du mal à me dire que je pars en vacances alors que j’ai pas travaillé.

Marie : est-ce que tu as des rituels quotidiens, des choses que tu fais tous les jours pour nourrir ta créativité, ou réussir à te sentir bien ancrée dans ce que tu fais ?
Clotilde : non je n’ai pas de rituel par rapport à ça. En fait, je n’en ai plus et parfois ça me manque. Cette année a été une année assez difficile quand même, parce que mon mari a travaillé énormément. J’ai été un peu décalée au niveau des horaires et mon rythme de vie c’est un petit peu décalé. J’avais du mal à prendre du temps pour moi, pour voir justement où j’en étais régulièrement.
Il faut savoir que je suis dans une phase assez créative aussi, parce qu’avec une amie on est en train d’écrire quelque chose… On ne veut pas trop en dire non plus, c’est quelque chose qu’on fait toutes les semaines. On avance, c’est très agréable à titre personnel. Mais pendant longtemps j’ai beaucoup donné et, le mois dernier, j’ai fait un stage de cascades et, c’est tout bête mais, j’ai été élève, j’ai appris plein de nouvelles choses et ça m’a fait un bien fou. Ce sont des temps que je n’avais pas pris le temps de prendre depuis un long moment. Même si parfois tu vas voir une expo, tu vas voir un spectacle, ou tu lis un bouquin, il y a des choses qui mûrissent… J’avais un peu perdu ce temps-là. Ce n’est pas quotidien, mais j’aime aller au théâtre, j’aime aller voir des spectacles et de toutes qualités, parce que c’est important. Ce n’est pas quotidien, mais c’est régulier.

Marie : c’est hyper important ce que tu dis, le besoin que nous avons de nous ressourcer en tant qu’indépendants, pour pouvoir après remettre tout cela dans notre activité.
Clotilde : oui. Quand t’es indépendant, t’es obligé de donner beaucoup pour avoir des résultats et, même si c’est génial, au bout d’un moment, quand il n’y a plus rien, il n’y a plus rien !
Marie : c’est cela, on crée difficilement du néant.
Clotilde : exactement.

Clotilde Chevalier dans Cabaret Jaune CitronMarie : est-ce qu’il y a des parties de ton activité que tu préfères et est-ce qu’il y en a d’autres que tu aimes moins, voire pas du tout ?
Clotilde : ah oui ! On est confronté à un métier d’image, en tout cas en ce qui me concerne. Je sais que j’ai des capacités, je sais que j’ai quelque chose à montrer, mais je suis en lutte avec mon image. En France, on est quand même hyper cloisonnés. C’est-à-dire qu’étant asiatique, je ne peux pas prétendre à tous les rôles. Il y a certains réalisateurs qui ont du mal, ils disent : « ah, oui, mais la meilleure copine de machine, elle n’est pas asiatique, elle pourrait l’être asiatique, oui, mais moi je ne la vois pas comme ça… » Pareil pour une avocate ou une infirmière. Il y en a qui le font, mais c’est quand même extrêmement minoritaire. Donc parfois, tu t’investis, mais quand il reste deux personnes, que tu as bossé pendant une semaine à apprendre des textes et des chorégraphies de fou et que, finalement : « t’es un petit peu trop typée, ça va pas le faire »… Franchement, ça me fout les boules !
Marie : oui, je comprends !
Clotilde : donc ça, c’est une partie que je n’aime pas du tout.
Marie : ça c’est plus lié à l’état actuel de notre pays qu’à ton métier finalement… ou pas ?
Clotilde : oui… Mais c’est aussi parce que c’est un métier d’image et que finalement, même s’ils veulent paraître hyper ouverts, ils ne le sont pas tant que ça. Même si tout le monde le dit, finalement, cela n’évolue pas très vite.
Après oui, tout simplement, la recherche en elle-même, envoyer plein de CV, ce n’est pas ce qu’il y a de plus fun. Mais comme ça fait partie du métier et qu’il y a des phases qui sont tellement fortes et tellement positives, j’ai tendance un peu à les oublier. Mais c’est vrai que parfois je me passerais bien d’envoyer des CV.
Marie : tu passes combien de temps par jour ou par semaine à envoyer des CV ?
Clotilde : cela dépend du nombre d’annonces, mais je fais minimum une heure, pour aller voir un peu ce qui se fait. Le temps de chercher, de voir si ça correspond, d’envoyer une lettre de motivation un peu personnalisée…
Marie : oui, c’est mieux !
Clotilde : voilà. S’il y a vraiment plein de trucs ça peut durer plus longtemps mais en moyenne c’est à peu près une heure. Parfois cela se fait en deux temps, parce qu’on s’inscrit sur des sites où les gens mettent des annonces au fur et à mesure de la journée. Donc si j’y suis à dix heures et demie, je peux y retourner aussi à dix-sept heures parce qu’il va y avoir d’autres annonces.
Marie : donc tu vas passer une demie-heure le matin et une demie-heure l’après-midi ?
Clotilde : voilà, suivant ce qui se passe. J’aime bien le faire le matin histoire de voir un peu ce qui s’est fait et parfois j’en reçois dans la journée, donc j’essaie de répondre le plus vite possible. Mais c’est vrai qu’on est un peu tout le temps sur le coup. Quand t’as une annonce, tu as quelques heures pour y répondre en gros.
Marie : t’as intérêt à être connectée !
Clotilde : exactement !

Marie : si c’était à refaire, est-ce que tu referais exactement pareil ou est-ce que tu changerais quelque chose ?
Clotilde : hum… Je… Je maigrirais plus vite !
Marie : vaut mieux entendre ça qu’être sourd !
Clotilde : oui, complètement. C’est complètement bizarre ce que je viens de dire, mais encore une fois… À cause des stéréotypes liés à l’image… Je faisais vingt-cinq kilos de plus il y a quelques années et je travaille plus depuis que j’ai maigri. Je pense que ça a été une petite marche difficile pour le travail et je sais que c’est complètement idiot de dire ça mais, c’est la triste vérité…
Marie : ce n’est pas idiot, c’est plutôt… consternant.
Clotilde : oui, consternant. Après, au niveau médical c’était important pour moi de maigrir et, pour me sentir bien, c’était important. Donc c’est d’abord pour cela que je l’ai fait et il s’avère que cela m’a aidée professionnellement. Après, non, je ne changerais pas grand-chose parce que j’ai rencontré plein de gens géniaux, j’en rencontre toujours et, si j’avais fait autrement je ne les aurais peut-être pas rencontrés !

Marie : est-ce que tu aurais des conseils à donner aux personnes qui ont envie de se lancer, ou qui viennent de se lancer ?
Clotilde : mon premier conseil pour ceux qui veulent se lancer, c’est d’être bien conscients que c’est un métier qui est merveilleux mais qui est difficile aussi. Comme résultat, il y a des choses extrêmement positives qui sont absolument énormissimes à vivre et qui sont vraiment géniales mais, pour y arriver, il y a des moments qui sont beaucoup moins drôles. Ils ne sont pas horribles, juste des longues périodes qui ne sont pas forcément très drôles. C’est important de le savoir.
Il faut être extrêmement motivé, je trouve. Il faut beaucoup travailler. La réussite… Je pense qu’il y a une grosse part de travail. Il faut bien sûr avoir un peu de talent et un peu de chance, mais il y a une grosse part de travail. Ne pas attendre que le téléphone sonne… Car il ne sonnera pas !
Il ne faut pas avoir peur de se lancer, mais il faut être conscient de tout ça.
Et puis pour ceux qui se sont déjà lancés, il faut réseauter au maximum. C’est un truc que j’ai un peu de mal à faire toujours aujourd’hui, parce que se vendre soi-même c’est toujours un peu compliqué, mais il faut être sur plusieurs fronts en même temps. Si on fait de la comédie musicale, il faut à la fois être chez des gens de la comédie musicale, mais aussi peut-être chez des gens du cinéma ou de la chanson. Ce sont des mondes un peu différents mais, si on a envie de toucher à plein de choses, il faut y aller, il faut essayer. Il ne faut pas avoir peur de se casser les dents. Voilà, faire du réseau, parler avec des gens, rencontrer des gens… C’est le plus important, sinon on reste chez soi et on ne nous connaîtra jamais, et on ne nous appellera jamais pour bosser !
Marie : ça vaut pour les comédiennes, mais aussi pour tous les indépendants dans l’absolu ! Est-ce que toi tu as un rituel justement, une astuce, quelque chose que tu fais dans les moments où ça ne va pas bien, où tu doutes ? Où ton téléphone n’a pas sonné pendant plusieurs jours ?
Clotilde : alors, ce n’est pas un rituel, mais en fait mon mari est quelqu’un d’extrêmement franc avec moi. Donc quand ça va pas, que je suis là à me dire que je suis nulle, souvent il me dit : « est-ce que tu as assez cherché, est-ce que tu as assez fait ci, est-ce que tu as assez fait ça… » J’ai de la chance, il aime ce que je fais. Il y a des périodes où j’ai fait des choses qu’il n’a clairement pas aimées, mais en tout cas il croit en moi, donc il me donne des pistes.
Marie : pour rester dans l’action.
Clotilde : oui, dans l’action. C’est une petite habitude que j’ai quand j’ai des petits coups de mou. Un petit temps avec la nature aussi, un petit temps de pause. Quand on est à Paris et qu’on y est tout le temps, si tu ne te poses pas ne serait-ce que dix minutes… Par exemple, je suis en train de marcher et, ce n’est pas parce que c’est calme, que moi je suis calme, si je ne me suis pas vraiment posée. Donc ça peut être des petits temps, juste des petits temps d’observation. Cela peut être la nature, ou des gens, tu vois, je regarde des gens…
Marie : ça peut-être le mouvement que tu viens de faire là en fait.
Clotilde : oui, respirer ! Se recentrer… Ah, si, j’ai un petit rituel : j’aime bien me rappeler ce que j’ai : la chance d’avoir un toit au-dessus de la tête, d’avoir une famille qui m’aime… Parfois je me dis : « j’ai pas ci, j’ai pas ça… » Mais en fait, il y a tellement de choses de positives autour de moi ! Ça, c’est un rituel que je fais très souvent. J’aime remercier l’univers et me rappeler que j’ai une bonne étoile quelque part. Oui, ça, c’est très régulier. C’est important de voir le verre à moitié plein.
Marie : ou aux trois quarts plein.
Clotilde : voire des fois… plein, carrément ! Ah oui aussi, les moments où ça va bien, c’est important de se dire que ça va bien. C’est très important de vivre ces moments au présent, de prendre tout l’amour qu’on peut recevoir, parce que cela va très vite de se dire qu’il y a ça qui n’allait pas et puis de penser très vite à la suite qui n’est pas forcément hyper cool. Mais en fait non, il faut prendre le temps de voir cela, parce que justement ça fait partie du fait de recharger ses batteries. Pour pouvoir aller plus loin et se dire : « ok, ça je l’ai vécu, c’était génial et je veux le revivre, et je vais pouvoir y retourner ».
Marie : cela va avec le fait de respirer dans le moment présent, comme tu le faisais tout à l’heure
Clotilde : oui, c’est ça. Vivre le moment présent oui, c’est important.

Clotilde Chevalier dans Cabaret Jaune CitronMarie : est-ce que tu as des mentors, ou des modèles, des personnes qui t’ont inspirée ou qui t’inspirent encore aujourd’hui en tant qu’indépendante ?
Clotilde : jusqu’à il y a encore très peu de temps oui, j’avais certains profs avec qui j’ai travaillé ensuite et qui sont devenu mes metteurs en scène, qui sont des gens vraiment… Ils étaient mes maestros.
Un prof de théâtre qui s’appelle Fabrice Eberhard qui m’a apporté beaucoup… C’est une formation classique, c’est quelqu’un d’extrêmement rigoureux, qui cherche vraiment une précision, voire une perfection. Du coup c’est un travail avec beaucoup de discipline, comme mon autre metteur en scène qui s’appelle Jacques Dombrowski, qui à la base lui était danseur classique, danseur étoile, qui est devenu professeur de classique et après metteur en scène. Ce sont deux personnes qui travaillent avec beaucoup de rigueur en fait. Venant de la danse classique justement, j’ai été un peu habituée à vivre avec cette rigueur, cette discipline. J’en ai besoin. J’ai besoin que cela soit un minimum structuré. Tu vois, le temps de préparation, quand je vais sur scène, j’ai besoin d’avoir une heure où cela va être extrêmement rythmé. Cela va être toujours dans le même ordre, comme ça je sais que j’ai tout fait. Voilà, ce sont des gens qui ont été très présents dans ma formation et ensuite dans le début de ma vie professionnelle.
Après il y a des gens qui ont eu une certaine carrière ou qui jouent toujours… À Broadway il y a Idina Menzel par exemple, je suis admirative de ce qu’elle fait. Je trouve qu’il y a des gens qui ont des sacrées carrières… Je lisais dernièrement une interview de François Cluzet qui a été révélé au grand public sur le tard. Il a commencé relativement jeune mais on ne l’a pas trop connu avant la quarantaine. Il disait qu’il travaillait à l’envie et je trouve ça génial. Je sais pas si on peut tous y arriver à l’envie, parce que c’est difficile quand même d’être dans la moyenne, de galérer autant d’années même si on travaille. Ce n’est pas une galère outre mesure si on arrive à en vivre, mais être moins stable que là où il en est aujourd’hui… Je suis assez admirative qu’il ait été aussi patient. Parce que des fois on a envie que ça arrive un peu tout tout de suite et non, ce n’est pas le cas ! Donc je suis assez admirative de cela.

Marie : sur quoi est-ce que tu travailles en ce moment ?
Clotilde : en ce moment donc sur le fameux projet un peu secret…
Marie : ah oui !
Clotilde : donc c’est à base de sketchs, c’est quelque chose d’humoristique en format court, sous forme de sketchs pour l’instant.
Marie : que vous allez faire en vidéo ?
Clotilde : oui, on pense faire de la vidéo effectivement. On va voir un peu comment ça se goupille. Après il y a Cabaret Jaune Citron qui tourne déjà depuis un petit moment, on aimerait bien faire Avignon l’année prochaine.
Marie : ah oui, alors là, je recommande vivement à nos internautes d’aller voir cette pièce, qui est vraiment géniale !
Clotilde : c’est gentil ! C’est vrai que ça a été créé il y a quelques années maintenant, on l’a jouée à l’Auguste théâtre une quatrième saison et c’est vrai qu’on a eu la chance d’avoir du monde et de bonnes critiques. Maintenant, on voudrait aller vers Avignon et peut-être tourner plus en France, parce que le public parisien, c’est bien, mais il y a quand même tout le reste de la France ! Donc ça, ça nous intéresse bien.
Et puis j’ai envie d’aller vers le doublage. C’est un nouvel objectif, de prendre contact avec des gens, de faire des tests. J’ai enregistré des petites maquettes dans mon coin déjà parce qu’il faut tester, il faut essayer. J’aimerais bien aussi voir un petit peu plus l’image, cinéma télé, pour évoluer, parce que j’ai la chance de faire un métier où on peut faire plein de choses donc j’ai envie d’aller voir un peu tout ça !

Merci beaucoup Clotilde ! Vous pouvez la retrouver sur son blog ClotildeChevalier.blogspot.fr ou sur sa page Facebook.

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Crédit photo : Frédéric Tousche.

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