Le syndrome du bien-être, couvertureParfois, j’écris très facilement. Les phrases sont déjà présentes dans ma tête et il me suffit de placer mes mains au-dessus du clavier pour qu’elles se changent en un tout cohérent (du moins, c’est l’impression que ça me donne). Je remercie mes études de lettres et les années que j’ai passées à écrire, chaque semaine, des critiques de cinéma. Après tout, l’écriture est un muscle comme les autres.
D’autres fois en revanche, alors que je sais sur quel sujet je veux écrire, les mots ne viennent pas. Je ne trouve pas l’angle qui fera automatiquement taper mes doigts sur le clavier. C’est le cas ce matin, alors que je cherche comment vous parler du Syndrome du bien-être de Carl Cederström et André Spicer.

Une petite voix dans ma tête se demande si ce n’est pas me tirer une balle dans le pied, que de vous présenter un livre dont l’une des sous-parties s’intitule sobrement « Vie et mort du coaching ». Et pourtant, je sens que je dois aller dans cette direction.

Le syndrome du bien-être, pour Carl Cederström et André Spicer, c’est cette tendance dans laquelle s’enfonce notre société et qui nous dicte notre conduite, sous couvert de prendre soin de nous : nous devons arrêter de fumer, cesser de manger de la viande, faire du sport plusieurs fois par semaine, marcher au moins une demie-heure par jour, manger des fruits et des légumes à chaque repas, oublier les produits laitiers, nous étirer, bien respirer et penser positivement.
Les gros, les fumeurs, les alcooliques, les drogués et les flemmards sont montrés du doigt : chacun est responsable de sa conduite et une personne qui ne fait pas un 38 (ou un 40, à la rigueur) ne fait qu’étaler publiquement son incapacité à se gérer.

Ce tableau de notre société peut paraître excessif ou exagéré et pourtant, je repense à ces repas où une personne se permettait de faire remarquer à sa voisine de table nouvellement rencontrée, que manger son fruit juste après le repas n’était pas forcément une bonne idée pour son transit ou que, elle, elle avait arrêté de manger de la viande, parce que quand même, ça contribue à la production de méthane et à la destruction de notre planète.
Des comportements devenus donc un syndrome aujourd’hui : faire attention à son alimentation, sa santé et ses performances, c’est la promesse d’une vie meilleure, le diktat à suivre si l’on veut être « quelqu’un de bien ».

Carl Cederström et André Spicer ont raison de mettre en parallèle ce syndrome du bien-être avec le coaching : beaucoup de coachs partent en effet du principe que leurs clients ont toutes les cartes en main pour réussir leur vie. Sous couvert de les responsabiliser, ils finissent en fait par les culpabiliser : vous pouvez changer les choses et obtenir la vie dont vous rêvez, donc vous êtes pleinement responsables de la vie que vous vivez actuellement. C’est oublier le rôle du milieu dans lequel chacun vit, et de l’éducation que l’on reçoit.
Entre la belle promesse de la loi de l’attraction (vous pouvez obtenir tout ce que vous souhaitez, il vous suffit de le vouloir réellement) et le déterminisme, il y a pourtant une voie à trouver : celle où vous pouvez choisir vous-même l’endroit où vous placez votre propre curseur de bonheur, celle où vous avez le droit de vous laisser du temps, celle où il est normal d’être indulgent envers vous-même et de ne pas chercher en permanence à être performant.

Cette voie, c’est aussi celle de l’ouverture à l’autre et du respect de la différence. Une voie qui ne culpabilise personne et laisse chacun exister comme il l’entend, en harmonie avec les autres.
C’est tout cela qu’il y a dans le Syndrome du bien-être de Carl Cederström et André Spicer. Un livre qui mérite le détour quand on est indépendant, parce qu’il nous aide à nous détacher d’une recherche systématique de la performance.

Un livre qui mérite le détour surtout parce qu’il nous rappelle ce qui est réellement important. Même si ses auteurs oublient parfois de nuancer leurs propos, comme quand ils occultent le fait qu’il existe des coachs qui tournent le dos à ce diktat du bien-être.
Je sais que nous sommes quelques uns à fonctionner autrement, à refuser d’ériger la pensée positive et la recherche de la performance comme buts ultimes. Et je veux croire que, demain, nous pèserons davantage dans le monde du coaching.

4 Commentaires
  1. Sophie D 12 mois Il y a

    Merci Marie pour cette découverte d’un livre qui rappelle l’essentiel : être soi-même un peu.. !

  2. Karine 12 mois Il y a

    Merci Marie pour ce chouette article.

    Encore une fois, tout est une question de nuance, de juste mesure. Oui il faut faire attention à soi mais à l’impossible nul n’est tenu. La science nous apprend tous les jours que nous n’avons pas toutes les cartes en main: pour notre poids il paraît que nos gènes sont nos meilleurs alliers ou nos pires ennemis, et ça on ne peut rien y faire. Faire du sport, idem on n’est pas tous égaux.
    Quand au monde du travail, cette jungle où c’est la loi du plus fort qui règne le plus souvent, on passe parfois plus de temps à se protéger qu’à agir en son intérêt et/ou celui de son équipe voire de sa mission.
    Alors comme on dit souvent aux parents: ne cherchons pas à être parfait mais essayons déjà de faire de votre mieux. Si pour une fois on pouvait passer des objectifs de résultats aux objectifs de moyens, ce serait peut être un bon début.

    • Auteur
      Marie Guyot 12 mois Il y a

      Malheureusement, beaucoup de personnes sont aujourd’hui persuadées que si elles n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs, c’est entièrement de leur faute, qu’elles sont défaillantes etc.
      J’aime beaucoup ta référence aux parents, au fait de faire de son mieux plutôt que de chercher à être parfait : quand on est salariés, c’est ce qui devrait se passer aussi pour les managers ! Et heureusement, on peut aussi créer son entreprise, créer sa propre voie pour se dégager de tout cela 😉

      Merci à toi Karine, de continuer à me lire !

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